1000names – Illuminated Man

https://i2.wp.com/www.substance-m.net/wp-content/uploads/2010/06/1000names2.jpeg

Note :

http://1000names.tumblr.com

http://www.myspace.com/1000names

Origine du Groupe : Bulgaria

Style : Electro , Electronique

Sortie : 2010

A n’en pas douter, le duo 1000names  représente l’une des seules, si ce n’est la seule, manifestation musicale contemporaine originaire de Sofia que la plupart des curieux de cette « beat
scene » virtuelle, européenne et mondiale, serait capable de citer après un temps de réflexion. Encore faut-il que les curieux en question aient suffisamment poussé leurs recherches pour tomber
sur les premières armes discographiques de Casio Blaster et 99 Mistakes (Margarit Alekseiev et Nikolay Todorov) chez le petit label normand Eklektik Records.

Il y a deux ans de ça, c’est de cette manière que je tombai sur le premier maxi de 1000names, l’obsédant « Monobinate / Run! Don’t Walk », qui en l’espace de deux faces laissait déjà entrevoir un
potentiel intéressant chez les deux DJs bulgares en matière de composition, de découpage de micro-samples et de confection de morceaux aux effets épileptiques assumés. Il n’en fallait pas plus
pour me convaincre d’investir dans le suivant, « Worth Making A Noise About! » avant d’attendre avec impatience le LP qui viendrait co-signer sans détours les débuts prometteurs du duo.
L’histoire est belle car ce fut chose faite dés 2009 via la publication de l’excellent « Toys Room Combat » chez Eklektik; soit 25 morceaux qui parvenait à surnager sans mal parmi les productions
environnantes pour s’affirmer comme l’une des franches réussites de ce hip-hop instrumental décomplexé explorant, sans rien laisser au hasard, la formule mise au point par 99 et Casio. Tout y
était haché, sur-haché, pré-maché puis patiemment réassemblé dans un ordre qui favorisait alors le bruit, l’inflexion rythmique, le caractère anguleux et épileptique des morceaux poussé à son
paroxysme dans un exercice de style savamment maitrisé par le duo. Comme 1000names avait décidé de bien faire les choses, le duo évitait même l’intoxication (de peu) en contrôlant tranquillement
son débit pour simplement proposer ce qu’il savait faire, « breaking the beat ».

Un premier très bon LP en poche qui les différenciait nettement de la masse laborieuse clonée à tour de bras au détour de chaque plateforme « sociale » et/ou participative, il ne restait au duo
plus qu’à confirmer, explorer de nouvelles voies, bifurquer sur un chemin annexe, tout faire péter pour remettre les choses à plat ou envisager d’en rester là. Une liberté totale, quoi. Le pied.
Sans aucun doute profond , le duo décide de remettre le couvert et repart à l’aventure discographique en abordant les périlleux récifs du second long-jeu, celui qui catalogue et/ou confirme,
celui qui  déçoit ou fait craindre le pire pour la suite. Pour cette occasion, 1000names se rapproche du petit label britannique The Black Acre et s’en va publier de l’autre côté de la
Manche un maxi inédit, « Paradise Rings / Saturn Race », petit échauffement incontournable avant de lancer dans le grand bain début juin la deuxième mouture chiadée comme il faut baptisée «
Illuminated Man ».

Formellement parlant, le changement est de taille. Plus allégé que son prédécesseur, le nouveau LP a mis de côté les incursions musicales les plus étranges, celles qui sortaient d’un cadre
structurel classique, pour faire la place, justement, à un nombre limité de compositions pour une durée avoisinant la demi-heure, pas plus. Un choix judicieux, en ce qui me concerne, tant la
tentation est grande aujourd’hui, lorsque le digital et les formats physiques actuels le permettent, de gaver les disques jusqu’à rendre une partie du contenu dispensable ou gangrénant le reste
de l’album pour ne faire retenir à l’auditeur, in fine, que la lourdeur de l’ensemble en oubliant les subtilités alentours. Ainsi, dix morceaux (+1 « caché » derrière 3 minutes 30 de « silence »)
composent « Illuminated Man » et viennent présenter 1000names sous un visage pas réellement nouveau mais qui tranche néanmoins avec « Toys Room Combat ».

Casio Blaster et 99 Mistakes ont mis de côté, partiellement, leur approche chirurgicale, ces rythmiques ultra anguleuses composées d’une myriade de petits éléments électroniques, de
mini-mini-breakbeats ou de bouts de samples collés ensemble pour former un tout volontairement hétérogène qui venait gratter le tympan et le cerveau sans discontinuer. « Illuminated Man »
consacre une approche, là aussi, plus classique de la production, même s’il continue d’exister ici et là quelques témoignages des anciennes techniques du duo. ‘Telephone 2000′ (l’une des
meilleurs réalisations de l’album) et son rythme horloger en est la preuve flagrante, même si ça n’a plus rien à voir avec ce que pouvait proposer le premier LP . Si ça n’est pas forcément pour
déplaire, l’auditeur averti pourra craindre un gommage un peu maladroit des caractéristiques essentielles des deux DJs/producteurs pour s’adapter à des exigences extra-artistiques qu’il faut
prendre en compte (envie du musicien, attente des auditeurs, besoins du label…). Ainsi, aborder « Illuminated Man » ne se fait pas sans une pointe de circonspection, quelques soupirs pour une
déception passagère et un doute qui s’installe insidieusement de l’intérêt d’un deuxième album de cet acabit.

La faute, essentiellement, à cette ouverture via un ‘Long Early Morning’ pour le moins standard qui ne rassure pas quant au soin apporté à la composition et à ses éléments les plus accrocheurs.
Ici, un morceau entendu huit cent fois au bas mot, rythmique doublée d’un handclap, une mélodie jouée au synth-bass, quelques éléments électroniques en guise de papier-peint et un head-noding pas
franchement arraché mais pas non plus réalisé avec la plus grande implication de la part de l’auditeur. Car la crainte de se trouver face à du quelconque semble peser sur le disque, aborder la
suite de l’album est un investissement qui, fort heureusement, n’ira pas sans quelques récompenses ne tardant pas à prendre leurs quartiers pour ne laisser que quelques recoins exigües aux
profondes déceptions.

On retrouve ainsi avec plaisir les rythmiques hypnotiques et incessantes qu’affectionne 1000names, que ce soit sur ‘Pocket Calculators’ où elles accompagnent un semblant d’approche mélodique pas
franchement indispensable mais soit…., ou le savoureux ‘Secondary Fauna’ et sa nappe de sons cutée à chaque manifestation du tempo du morceau, en symbiose avec le mouvement quasi inaltérable de
l’ensemble. Entre, ce sont des bouts de voix qui prennent le devant de la scène pour disparaître aussi vite, le tout constamment soutenu par cet ensemble rythmique imperturbable qui semble relier
à un mécanisme au mouvement millimétré et inépuisable. Pas étonnant pour celui qui sait que Casio Blaster était auparavant batteur au sein de différentes formations de jazz et de funk.

Dans les failles et les creux, 1000names s’adonne à quelques approches ambient fusionnées avec cette syncope propre aux racines hip-hop que les deux producteurs revendiquent clairement. Sur «
Illuminated Man », l’auditeur évolue dans un espace plus éthéré où les contours s’abandonnent au flou artistique consciemment provoqué sans jamais tomber, non plus, du breakbeat travaillé par les
deux protagonistes. C’est le cas d’ ‘Ephemeral & Slippery’, ‘Haunted Landscape’ ou l’intro ‘Talking To The Postmaster Before Leaving’ qui restent tous des formats courts où s’ébattent
davantage les manipulations sonores, les effets en tous genres et où le temps semblent s’écouler de manière beaucoup moins mathématique, chronomètre en main. Une approche différentielle qui offre
à « Illuminated Man » un nouveau point d’ancrage, un visage plus nuancé que son prédécesseur, une nouvelle dimension à prendre en compte pour celui qui voudra se plonger dans ce nouveau LP du
duo.

Pour quels résultats? A proprement parler, il ne s’agit pas réellement d’un coup d’éclat retentissant. « Illuminated Man » se trimballe les quelques clichés du genre, forcément, et souffre de ce
statut de producteur qui tentent de toucher à tout pour saisir un public un peu différent au risque de perdre une identité qui leur était propre. Aussi, on retrouve souvent les mêmes manières de
traiter le son, ces mêmes types de synthés programmés entendus des milliards de fois et qui ne font plus lever une oreille qu’aux néophytes du genre. Dans les couleurs du son elles-même, on passe
ici et là par quelques phases bien trop familières qui donnent envie de lâcher un puissant « Encore?! » avant de soupirer et de se désintéresser temporairement de l’album.

Par endroits, pourtant, on retiendra quelque chose qui tient à l’effort réalisé par 1000names pour toujours mettre en avant un « scénario » musical jamais réellement trahi et qui conduit
l’auditeur jusqu’au bout du LP en passant par toutes sortes d’émotions bien diverses. On retrouve ici et là, par ailleurs, les quelques incursions propres au duo, ce travail des breakbeats, ces
compositions qui donnent davantage dans le trop-plein pour créer l’addiction plutôt que dans l’énergie brute, pure et primitive. Mais sur la durée, cela semble pourtant pas toujours suffisant
pour retenir ce « Illuminated Man » comme un LP à l’ambition claire et nette. D’autant que 1000names avait été coupable, un an auparavant, d’un premier long-format qui tranchait net avec les
consensuels de tous poils et qui apportait une fraîcheur bienvenue au milieu des producteurs d’albums instrumentaux lorgnant résolument vers les franges les plus hip-hop de la musique.

Sans être une cuvée fantastique, « Illuminated Man » demeure un LP appréciable qui plaira aux amateurs du genre et qui offrira quelques portes d’entrées sympathiques à ceux qui ne connaissent pas
le duo. Mais il ne devra demeurer qu’une étape dans une voie d’exploration plus globale. Comme un point-relais par lequel il apparaît nécessaire de passer mais dont on n’éprouve pas forcément le
besoin de connaître en détail les moindres gestes de sa confection, les moindres petits bouts d’idée qu’il évoque durant les 30 minutes de musique proposées. Gageons que 1000names reprendra, pour
ses prochaines sorties, une direction plus affirmée et renouera plus nettement, au moins en partie, avec ce qui les a fait apprécier des aficionados aujourd’hui pendus aux productions des deux
DJs bulgares.

 

par Digital Mojo

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Tracklist :

01 Talking To The Postman Before Leaving 01:16

02 Long Early Morning 03:13

03 Ill(U)Minated Man 03:07

04 Private Hero 01:58

05 Pocket Calculators 03:33

06 Telephony 2000 04:56

07 Haunted Landscape 02:24

08 Logarithmic Spirals 02:55

09 Secondary Fauna 04:09

10 Ephermeral & Slippery 02:05

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